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"Les Insondables
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  - von Sandrine Fabbri

"Les Insondables Mystères Du Plaisir Féminin"
par Sandrine Fabbri

[PROFIL FEMME No. 37 / Nov. 2002]
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L’orgasme vaginal : miracle ou mécanique? Entre les deux, les écoles s’affrontent. Le fameux orgasme en question, lui, n’en finit pas de faire parler de lui et... de se faire désirer. Le nouveau rapport Hite est formel: moins d’une femme sur trois affirme l’avoir découvert. Pour percer son mystère, des workshop proposent aux femmes de venir s’entraîner avec l’aide de vibromasseurs. La pure mécanique serait-elle la réponse aux insondables mystères du désir féminin – alors que la plupart des femmes attendent toujours la révélation, pendant sexuel du prince charmant?


L’humanité a beau exister depuis quelques millénaires, elle en est encore et toujours là : à se demander en quoi, exactement, consiste cette étrange sensation nommée orgasme vaginal. Elle se demande, même, si elle existe vraiment, si elle n’est pas qu’une simple conséquence, ultime conséquence mais pas son acmé, de l’excitation clitoridienne. À moins qu’elle ne soit le pur fruit d’un acte de foi ou d’amour – tout se passe dans la tête, n’est-ce pas… Seule une femme sur trois affirmerait connaître l’orgasme vaginal lors d’une union avec un homme. Ce chiffre est livré dans le nouveau rapport sur la sexualité rédigé par Shere Hite et publié cet automne dans sa version française. La célèbre sexologue américaine s’était déjà lancée dans une vaste enquête il y a trente ans pour demander à ses congénères comment elles vivent le désir, quelles sont leurs pratiques, comment et si elles arrivent au plaisir. Trente plus tard, le plus frappant est que le nombre de femmes disant connaître le plaisir vaginal au cours d’un coït est exactement le même. Elles étaient 30%, elles sont toujours 30%. N’y aurait-il aucun progrès? Et ce, malgré la psychanalyse, malgré la révolution sexuelle, malgré le nombre d’ouvrages consacrés à la question?

Il y a en tout cas un changement : de plus en plus de femmes avouent avoir des rapports homosexuels à partir de 40 ans, soit après avoir compris qu’elles ne trouveraient pas ce qu’elles cherchent avec un homme. Le progrès serait celui-ci : les femmes comprennent mieux où réside leur plaisir et comment l’obtenir. Soit par la masturbation, soit dans une relation homosexuelle. Shere Hite a une thèse et livre un combat. Elle veut libérer la femme de l’orgasme vaginal en valorisant le plaisir clitoridien, considéré à tort comme mineur.

Jusqu’à présent, les femmes semblaient devoir se diviser en deux catégories bien distinctes : les clitoridiennes et les vaginales – ces dernières étant minoritaires, en tout cas tant que la femme n’avait pas atteint les 35-40 ans et la plénitude sexuelle. Les clitoridiennes étaient toujours un peu envieuses des vaginales, pour se consoler, elles se disaient qu’elles étaient sans doute plus intellectuelles que les vaginales soumises à l’homme, dépendantes de lui, l’aspirant jusqu’à lui faire peur pouvaient-elles rajouter si vraiment elles voulaient en rajouter. Les vaginales, elles, ne pouvaient avoir qu’une pitié un peu ironique face à ces clitoridiennes qui, selon la psychanalyse freudienne, ne connaissent qu’un orgasme infantile.

Jetez aux orties Freud Sigmund et Dolto Françoise qui ont affirmé et réaffirmé que l’orgasme clitoridien est celui de la fillette encore soumise au complexe de castration. Et que la femme, pour devenir femme, doit accéder à l’orgasme vaginal, se donner ainsi en toute confiance à l’homme qui la révèle à elle-même. Non, l’orgasme clitoridien n’est ni inférieur, ni infantile! Selon Shere Hite – qui se réfère à de nouvelles planches anatomiques dessinées notamment par Suzan Gage -, le clitoris est indispensable au plaisir de la femme, il n’est pas un organe pour soi, mais il se prolonge et se ramifie pour être relié à tout l’appareil sexuel féminin.

L’orgasme féminin dépend toujours de l’excitation du clitoris, qui peut se propager au vagin – mais les parois vaginales, en elles-mêmes, seraient pratiquement insensibles. Rien ne sert donc de s’escrimer, Messieurs, pendant des heures, si le clitoris a été laissé en rade. La femme ne doit pas attendre une révélation venant de l’homme, le miracle offert par le prince charmant, elle doit savoir comment accéder au plaisir. Pour cela, l’entraînement avec un vibromasseur, la masturbation seule ou pendant l’acte sont fortement recommandées par la sexologue.

Il est une femme, en tout cas, qui pense comme Shere Hite. Elle aussi est américaine, mais elle vit à Zurich, sur les hauteurs qui dominent le lac. Maggie Tapert, belle femme d’une cinquantaine d’années, ne se considère pas comme une sexologue, mais comme une "spécialiste de la joie". "La sexualité est la plus haute forme de beauté, nous dit-elle dans sa bibliothèque, où Jung, Marx, Goethe et Lévi-Strauss voisinent avec des ouvrages consacrés au tantrisme et à la méditation. J’aide les femmes à augmenter leur plaisir, à prendre leurs responsabilités face à l’orgasme. Ce n’est pas l’homme qui peut le leur apporter si elles restent passives. Mais l’orgasme n’est qu’une petite partie de mon enseignement : je veux que les femmes découvrent leurs propres forces, leur énergie, qu’elles deviennent elles-mêmes. Et non qu’elles se contentent de plaire aux hommes, en confondant séduction et plaisir sexuel."

Pour atteindre ce but, Maggie Tapert a une méthode qui allie méditation, tantrisme et usage du vibromasseur. Elle organise des workshops durant lesquels, dans une ambiance tamisée de relaxation, les femmes apprennent à se découvrir et à révéler, par elles-mêmes, les ressources orgasmiques de leur corps. "Il n’y a que certaines places, dans le vagin, qui, stimulées, peuvent faire accéder au plaisir. Si on ne les trouve pas, il est inutile de prolonger un coït. J’aime aider les femmes à augmenter leur plaisir. Le vibromasseur permet de découvrir ce que le corps veut vraiment. Il n’est pas un substitut à l’homme, mais un révélateur. Les femmes deviennent de meilleures partenaires. Pratiquement toutes les participantes à mes workshops vivent avec un homme. Moi-même, je suis mariée. Je suis sûre que, bientôt, toute femme aura un vibromasseur. Nous vivons un temps où cela doit se produire."

Maggie Tapert est la seule, en Europe, à organiser de tels workshops en se consacrant exclusivement aux femmes : elle répète que sa démarche n’est pas que sexuelle mais également spirituelle, empreinte de rituels. Ses participantes deviennent des fidèles qui forment une communauté, joliment appelées les "filles d’Aphrodite". Elle a un modèle, la célèbre Betty Dodson, considérée comme la grand-mère du mouvement, la première qui, aux Etats-Unis, a prôné publiquement la masturbation féminine. Elle a un site interactif, sur lequel on peut commander toutes sortes de "jouets".

Nous retiendrons de ces trois Américaines qu’il y a des moyens concrets pour percer les mystères du plaisir féminin - sans pour cela avoir envie de se lancer dans une expérience de groupe. Après… Après reste le mystère de la rencontre. " Un jour, j’ai eu mon premier "orgasme". Je le sais parce que je l’ai eu, c’est tout ce que je peux dire. (…) L’orgasme m’est tombé dessus tout nu, sans que s’y mêle la moindre réflexion ni la moindre part d’âme", écrit Mian Mian dans son roman autobiographique, Les Bonbons chinois. Elle a 30 ans lorsque "cela" lui arrive – "cela" lui arrive avec un homme de passage. C’est un miracle, mais ce n’est pas le prince charmant. Dans Irréversible de Gaspard Noé, une scène d’anthologie s’arrête elle aussi au seuil du mystère. Dans un métro, Monica Bellucci est entourée de son ex-amant et de son actuel compagnon. L’ex – plutôt intellectuel - veut désespérément savoir pourquoi, avec lui, elle n’a jamais joui. Mais pourquoi jouit-elle avec son nouvel amant – plutôt physique, même si c’est Vincent Cassel? Elle lui répond qu’il aurait moins dû penser à elle, que rien ne sert de faire l’amour pendant des heures, qu’elle aurait peut-être joui de le sentir jouir, lui. Mais pourquoi jouit-elle avec l’autre? Qui a vraiment la réponse?


Sandrine Fabbri
Shere Hite, Le Nouveau Rapport Hite, Robert Laffont
www.maggietapert.com, www.bettydodson.com




Témoignages

Nathalie Uhlmann, 35 ans, habite à Fribourg. Spécialiste d’arts martiaux, elle se rend régulièrement à l’étranger pour former les femmes à l’autodéfense, comme dernièrement au Mozambique. Elle donne également des cours consacrés au développement personnel et, last but not least, elle est photographe. Depuis 2 ans, elle s’est mise à cadrer des "vulves" de femmes. Pour la beauté de cette fleur peu souvent exposée. Pour aider les femmes à se confronter à leur identité sexuelle. Une exposition verra bientôt le jour. Depuis deux ans aussi, elle fréquente régulièrement les workshops de Maggie Tapert. Elle fait même partie du petit cercle des "prêtresses d’Aphrodite".

"L’orgasme n’était pas un problème. Je voulais rencontrer des femmes libérées pour qui la sexualité est vraiment importante. Je souhaitais trouver une communauté. Il est plus facile, pour une femme, de définir son identité sexuelle lorsque les hommes sont absents. Parce qu’entre femmes, il ne s’agit pas de plaire ou de séduire, mais de se référer à soi-même. Le fait d’être ensemble est très enrichissant, on s’échange des manières de faire, on se donne des conseils sur les différents " jouets"…

Le plus important est de se sentir enfin responsable de soi. Pour participer à ces workshops, il faut avoir quitté la vieille dichotomie victime/agresseur, cesser de culpabiliser les autres pour se prendre vraiment en charge. Et, donc, se sentir responsable de son orgasme. Ne pas attendre qu’il vienne de l’autre comme par miracle. Grâce à ces workshops, on est enfin libéré de la honte liée à la sexualité. On y gagne peut-être une nouvelle timidité, mais parfaitement saine celle-là.

J’ai été menée à la sexualité parce que je m’occupe de violence, entre autres dans le cadre de Solidarité Femmes Fribourg. Il est clair que les frustrations engendrent la violence. Dans notre société stressée, le malaise est de plus en plus grand. Une sexualité épanouie engendre la joie et la paix. Il vaut alors la peine d’y consacrer du temps, de l’espace, du silence. Les workshops de Maggie offrent cela. Bien sûr, mon ami est un peu jaloux lorsque je m’y rends. Mais, lorsque j’en reviens, il comprend qu’il en profite au lit… La femme doit se développer, progresser, se libérer. Comme une plante que l’on met au soleil et que l’on arrose. L’orgasme n’est qu’un point dans un cycle qui recommence perpétuellement."
www.vulva-projekt.ch

Tilasmi est allemande et dirige des séminaires thérapeutiques basés sur la danse. Elle participe aux workshops de Maggie Tapert depuis une année.

"Avant ces workshops, je n’avais jamais connu d’espace entièrement féminins. J’ai été fascinée de voir comment, dans ce cadre, on peut découvrir, élargir et célébrer sa sexualité. L’orgasme n’était pas pour moi un problème. Je voulais accroître mon potentiel, vivre entièrement. Entre femmes, on n’a jamais de problèmes. On fait ce qu’on veut. Mon partenaire dit simplement : "Si cela te fait du bien, je suis d’accord."

Le vibromasseur, avant, m’était étranger. Mais il m’a fait découvrir de nouvelles dimensions, des orgasmes que je n’avais jamais éprouvé avant. J’ai été étonnée, j’ai reçu une image de moi-même que je ne connaissais pas. Cela a provoqué un véritable changement dans ma vie. J’utilise désormais tous les jours mon vibromasseur comme une hygiène corporelle, je lui réserve un espace quotidien, avec sérieux. Je l’ai dans la main : je n’ai pas besoin de partenaire pour éprouver ce qu’il me donne. Cela a modifié ma façon de rencontrer les hommes. Je suis désormais beaucoup moins dépendante, c’est très important, soulageant. Le plaisir avec un partenaire est différent, s’il n’est pas satisfaisant, je suis moins angoissée. Parce que je sais comment avoir du plaisir."


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